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  3. Interview : Alexandre Jollien, philosophe et écrivain

Ici et maintenant, un peu de paix

" Nietzsche, dans le Gai Savoir, vient nous interpeller au sujet de la santé. A côté de la bonne santé qui met pas mal de gens sur la touche, y aurait-il une grande santé ? A savoir une disponibilité intérieure, un état d'esprit, un équilibre, une dynamique capable de composer avec le handicap, les blessures, les tourments, les traumatismes ? Se pourrait-il que la maladie ne soit pas tout le temps, et nécessairement, l'opposé, le contraire de la santé ? 

Grâce à une énorme solidarité, nous pouvons tous avancer avec les moyens du bord et les ressources du jour vers la joie. 

Avant tout, il faut se garder des théories sur la souffrance, des explications toutes faites et des justifications qui ne soulagent en rien. La grande santé est un défi, une invitation quotidienne, non un impératif, une exigence de plus. 

Les docteurs Rêves contribuent à ce que la vie circule, foisonne, abonde.

Les docteurs Rêves n'ont pas pour mission de nous éloigner du réel mais au contraire, ils nous y plongent carrément, à fond. Grâce à leur talent, leur espièglerie, leur légèreté, ils contribuent à ce que la vie circule, foisonne, abonde, sans jamais se fixer dans l'amertume, la fatigue et la peur. Aucune fuite, nulle échappatoire ici, juste l'occasion de se détendre, de se détourner du gouffre quand la souffrance, l'accablement viennent occuper le centre de la vie. 

La vocation d'un docteur Rêves, c'est d'abord montrer que le découragement n'a pas le dernier mot, que nous ne sommes pas seuls dans l'épreuve et que l'humour qui n'est jamais forcé peut, au coeur des moments difficiles, venir révéler la bonté de la vie, la beauté des liens, la gratuité d'une présence. De quoi nous soignent les docteurs Rêves ? Peut-être de l'acharnement à vouloir à tout prix guérir de la vie, de l'abattement, du ressentiment, bref des passions tristes. La vie relève plus du marathon que du sprint, et tentation est grande, quand on se heurte aux coups du sort, de s'épuiser, d'inscrire le quotidien sous le signe de la lutte. Quoi de plus salutaire, pour goûter ici et maintenant un peu de paix, que de s'octroyer des trêves, du répit, des pauses pour expérimenter que nous sommes bien portants dans notre intégrité ? "

Alexandre Jollien,
Philosophe et écrivain suisse

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